Par Jean-Pierre Colivet
Sous l’ancien régime, les métiers étaient organisés en confréries mises sous la protection d’un saint patron. Les archives montrent que saint Quentin était le protecteur des tourneurs et des potiers. Celles-ci sont nombreuses dans le nord de la France et en Belgique. Des toponymes comme Saint-Quentin-la-poterie, dans le Gard, attestent d’une activité potière très importante dès le XIVe siècle. Et Pabu possède une statue de saint Quentin dans l’église…
D’après « Bue ar zent », 1912, page 749
Quentin était originaire de Rome et descendait des plus grandes familles de cette ville. Il vint avec saint Lucien prêcher la foi au pays des Gaules. Après avoir travaillé quelque temps ensemble, ils se séparèrent ; saint Lucien resta à Beauvais et, après avoir gagné là de nombreux païens à Jésus-Christ, il reçut la couronne du martyre.
Saint Quentin se rendit à Amiens. Son désir était de détruire le royaume de l'esprit malin dans ce pays, et il priait sans cesse le Seigneur Dieu de faire germer ses paroles dans les cœurs. Il était puissant par ses œuvres autant que par ses prédications.
Ayant été dénoncé à Riktioar (Rictiovare), gouverneur de la Gaule à cette époque au nom des Romains, celui-ci ordonna d'enchaîner le saint apôtre. Le lendemain, il le fit amener au tribunal et, par la douceur comme par la force, il chercha à le gagner. Le martyr ne céda point. Le gouverneur le fit fouetter sans pitié et l'envoya en prison, avec défense de laisser quiconque aller le voir.
Lors des deux interrogatoires qui suivirent, on lui cassa tous les membres, on lui déchira le corps avec des fils de fer (ou des griffes de fer) ; sur son dos, on versa de la poix et de l'huile bouillante. Le martyr, encouragé par Celui qui avait souffert pour lui, triompha de ses bourreaux, et il restait si calme au milieu des tourments que tous ceux qui l'approchaient en étaient stupéfaits.
Riktioar dut se rendre dans une autre ville ; il fit emmener Quentin à sa suite, et là, honteux de voir qu'il ne pouvait en venir à bout, il fit percer son corps de deux broches de fer, depuis les épaules jusqu'aux genoux ; il fit enfoncer des clous entre ses ongles et la chair, et en bien d'autres endroits de son corps, jusque dans sa tête. Enfin, il ordonna de le décapiter.
Ce martyre eut lieu le 31 octobre 287.
Son corps fut jeté dans les marais de la Somme. Selon la tradition il fut retrouvé intact cinquante-cinq ans plus tard par une aveugle romaine, Eusebia, guidée par une force divine.
Comment se fait-il qu'un noble romain devienne le protecteur des artisans de la terre ? Le lien n'est pas lié à son métier d'origine. En effet, la région où Quentin a exercé son ministère et subi son martyre (la Picardie et le Vermandois) était, dès l'époque gallo-romaine, une large zone de production de céramique. Les argiles de la vallée de la Somme étaient idéales pour le tournage.
On a vu supra que le martyre de Quentin a impliqué des supplices atroces sur ses mains et ses bras. Par une forme de dévotion symbolique, les potiers — dont les mains sont l'outil de travail principal — se sont placés sous sa protection pour éviter les accidents et les maladies liées à cette activité (comme les gerçures ou les douleurs articulaires).
Il faut noter que saint Quentin n’est pas le seul protecteur des potiers. Selon la tradition, saint Bonnet est également reconnu comme le patron des potiers, fêté le 15 janvier. Ce Gaulois/Franc du VIIe siècle était évêque de Clermont. Si saint Quentin est lié au feu et à la cuisson (par son martyre), saint Bonnet est lié à la terre et aux centres de production.
Il arrive alors que ces deux saints se partagent le patronage d'un même atelier : Quentin pour le four, et Bonnet pour la qualité de la "pâte".
Dans l’église de Pabu, transept sud, on remarquera la statue de saint Quentin à gauche du vitrail. Son nom n’est pas inscrit sur le socle comme pour les autres saints. Cette statue en bois polychrome est datée des XVII-XVIIIe siècles.
Il tient dans sa main droite une des broches, objet de son martyre.
***
Sources
· Bue ar zent, 1912, page 749 (e brezhoneg)
· La porte latine : https://laportelatine.org/spiritualite/vies-de-saints/saint-quentin
· Gallica : histoire de saint Quentin potier
· Histoire et présentation de Saint-Quentin-la-Poterie - Commune de Saint Quentin la Poterie